Le mythe de l’université obsolète

Allan Rock, recteur et vice-chancelier, Université d’Ottawa

Selon la presse populaire et certaines déclarations publiques, les universités n’ont plus la cote. De plus en plus, les établissements universitaires se font accuser d’être déconnectées de la réalité économique et de mal répondre aux besoins actuels du marché du travail. Le Globe and Mail a publié un article le mois dernier sur la valeur décroissante du diplôme universitaire. La manchette en disait long : « Voulez-vous des frites avec votre B.A.? » (Fries with that BA?).

Le 9 mai 2013, j’ai prononcé un discours au Cercle canadien d’Ottawa pour réagir à l’allégation selon laquelle les programmes universitaires de premier cycle au Canada ne sont pas pertinents et qu’ils produisent des myriades de diplômés ayant peu de chances de trouver un emploi.

Comme père de trois diplômés universitaires récents, je sais que les moments que nous vivons sont difficiles pour quiconque cherche à lancer sa carrière. Mais malgré une économie plutôt anémique, les diplômés continuent de décrocher des emplois dans leurs domaines d’études.

  • Près de 88 % des diplômés de 2009 qui ont été interrogés par le gouvernement de l’Ontario avaient trouvé du travail moins de six mois après avoir terminé leurs études. Et plus de 76 % des diplômés avaient un emploi lié à leur formation.
     
  • Plus de 93 % des diplômés avaient un emploi deux ans après la fin de leurs études et plus de 82 % travaillaient dans leur domaine. Ces taux élevés d’emploi, à peine plus bas que ceux de l’année précédente, sont encourageants étant donné que le creux de la récession a eu lieu en 2009.

Les critiques les plus acerbes visent souvent les arts, les lettres et les sciences humaines.

Je leur réponds que les étudiants de ces programmes ont acquis des compétences qui ne seront jamais dépassées : l’esprit d’analyse, le jugement objectif et la communication efficace. Grâce à ces aptitudes, ces diplômés seront des employés recherchés et adaptables.

En Ontario, 90 % des étudiants et étudiantes aux beaux-arts et en arts appliqués obtiennent un emploi dans les six mois suivant l’obtention de leur diplôme. Pour les autres domaines des arts et des sciences humaines, les résultats sont semblables. Et pour ces diplômés, pas de frites en vue! D’ailleurs, selon des suivis auprès de personnes diplômées de l’Université d’Ottawa, 81 % avaient des emplois liés à leur domaine.

Malgré des preuves aussi claires, convaincantes et valables, les programmes universitaires de premier cycle ne cessent de tomber sous le feu des critiques. On persiste à croire à la caricature : le professeur déconnecté, les cours magistraux arides, les sujets obscurs et dépassés, les malheureux étudiants aux piètres perspectives d’emploi, sans aucune préoccupation pour les besoins de la société actuelle.

L’auteur de cette caricature n’a sûrement pas mis le pied sur un campus canadien depuis belle lurette. Carrément erroné, le portrait néglige de tenir compte des changements radicaux survenus dans les programmes universitaires et les méthodes d’enseignement.

En réalité, nous utilisons de plus en plus la technologie pour présenter la matière des cours et pour accroître l’interactivité de l’apprentissage. Nos étudiants travaillent ensemble pour résoudre des problèmes, en prévision des réalités du monde du travail moderne.

Partout au pays, y compris sur notre campus et dans les arts, on accorde une importance grandissante à l’apprentissage expérientiel dans une diversité de milieux : par les stages coop, le travail bénévole lié aux cours, les internats, le mentorat, les études à l’étranger et les programmes de recherche au premier cycle. En somme, les étudiants d’aujourd’hui font leur apprentissage non seulement en salle de classe, dans les labos et les bibliothèques, mais aussi en milieu de travail et dans la communauté.

Pouvons-nous faire mieux? Bien sûr. Nous voulons travailler de plus près avec le monde des affaires et de l’industrie pour donner à nos étudiants de premier cycle une gamme accrue de stages coop, à nos étudiants des cycles supérieurs davantage de possibilités d’internats et à nos entrepreneurs en herbe un meilleur accès à des mentors.

Nous voulons cultiver davantage des relations mutuellement avantageuses. Les universités canadiennes mènent déjà des recherches sous contrat pour le compte du secteur privé de l’ordre d’un milliard de dollars par année. Nos scientifiques et nos chercheurs sont prêts à collaborer avec diverses entreprises, y compris des PME, sur des recherches innovatrices qui permettraient à nos étudiants des cycles supérieurs d’obtenir l’expérience nécessaire à l’avancement de leurs carrières.

Nos diplômés accèdent bel et bien au marché du travail à la fin de leurs études, et leurs revenus au cours de leur vie sont supérieurs en raison de leur diplôme. De plus, bien sûr, nous prenons sérieusement en considération leurs perspectives d’emploi dans la préparation des programmes et des cours. Mais préparer nos étudiants au marché du travail n’est qu’un aspect de nos rôles.

En effet, une formation universitaire n’offre pas que des avantages financiers. Les diplômés sont des citoyens capables de jouer un rôle accru au sein de notre démocratie, et leur ouverture au monde, leur discipline d’esprit et, surtout, leur capacité d’apprentissage sont des qualités essentielles dans un monde en constante évolution. Ces répercussions sont tout aussi importantes que les statistiques d’emploi. Bien qu’elles ne figurent pas sur une déclaration des revenus, elles constituent des valeurs ajoutées pour notre pays et notre démocratie.